Placer la trésorerie d'une SELARL ou d'une SELAS : 9 279 € de revenus en 12 mois sur 100 000 €
19 août 2026 · 13 min de lecture
Par Dr Malik Moustarhfir, médecin radiologue libéral, dirigeant de SELAS, certifié AMF.
9 279 € de coupons encaissés en douze mois sur 100 000 € de trésorerie de SELARL. Le portefeuille réel, poche par poche : produits structurés, fonds, liquidités, et les règles fiscales propres au CTO d'une SEL.
Un cas réel, anonymisé. Pas une simulation, pas un backtest. Un confrère chirurgien urologue, une SELARL qui tourne bien, et comme chez beaucoup de praticiens, une trésorerie qui s'accumule au fil des exercices sur le compte professionnel. Pas de projet immédiat, pas d'investissement matériel prévu : juste de l'argent qui attend et qui, en attendant, perd du pouvoir d'achat pendant que l'expert-comptable rappelle chaque année qu'il faudrait faire quelque chose.
Il y a douze mois, 100 000 € de cette trésorerie dormante ont été mis au travail via un compte-titres ouvert au nom de la SELARL. Bilan sur douze mois : 9 279 € de coupons encaissés, soit 9,28 % brut du capital placé. Sans une consultation de plus, sans une vacation de plus, sans une minute de temps médical. Voici exactement comment, et surtout pourquoi la trésorerie d'une société d'exercice ne se gère pas comme un compte-titres personnel.
Gérer la trésorerie d'une SEL n'a rien à voir avec la gestion d'un CTO personnel
C'est le point le plus important de cet article, et c'est celui qui coûte le plus cher quand on l'ignore. La question qui revient systématiquement en rendez-vous : pourquoi ne pas simplement acheter un ETF World ou un S&P 500 capitalisant ? Parce que la logique qui rend cet ETF pertinent dans un patrimoine personnel s'effondre dès qu'on la transpose dans une société d'exercice. Trois raisons, cumulatives.
Première raison : L'horizon n'est pas le même, et ce n'est même pas votre argent. Un compte-titres personnel a un horizon de quinze ou vingt ans. Vous pouvez traverser une baisse de 35 % sans y toucher, parce que vous n'avez besoin de rien. La trésorerie d'une SELARL, non : elle peut devoir sortir pour un équipement, une embauche, un rachat de parts, une régularisation d'URSSAF, une opportunité, un changement de structure. Son horizon est incertain, et un horizon incertain ne plaide pas en faveur d'une volatilité de 20 %. Un ETF actions est un actif dont vous ne maîtrisez ni le rendement, ni le calendrier, ni le point de sortie : sur une trésorerie professionnelle, c'est un pari sur la date à laquelle vous en aurez besoin.
Deuxième raison : Capitaliser dans une société d'exercice n'apporte aucun avantage fiscal. C'est le contresens le plus fréquent. Dans le patrimoine privé, la capitalisation est puissante : pas de frottement tant que vous ne vendez pas, PEA, assurance-vie, abattements. Dans une SELARL, il n'y a rien de tout cela. La plus-value latente n'échappe pas à l'impôt : elle sera taxée à l'IS, puis à la flat tax lorsque l'argent sortira en dividendes personnels. Vous prenez donc toute la volatilité d'un actif actions sans aucune des enveloppes qui la rendent supportable.
Troisième raison : la plus technique, et celle que beaucoup de praticiens et parfois leur comptable découvrent trop tard. Les dispositions comptables et fiscales particulières en SEL concernant les OPCVM, fonds et ETF. C'est le point technique, et c'est celui qui met fin au débat.
- Horizon incertain : la trésorerie peut devoir sortir à tout moment
- Les plus-values latentes vont être imposées à l'IS au sein de la SEL
- Le compte titres ordinaire est l'enveloppe de choix pour le placement de trésorerie de SEL
Le piège comptable de l'article 209-0 A du CGI : l'impôt sur une plus-value non encaissée
L'article 209-0 A du CGI impose aux sociétés soumises à l'impôt sur les sociétés d'évaluer leurs parts d'OPCVM à leur valeur liquidative à la clôture de chaque exercice. L'écart entre la valeur liquidative d'ouverture et celle de clôture entre dans le résultat imposable, qu'il soit positif ou négatif.
Traduit en trésorerie : votre société peut se retrouver à payer de l'IS sur une plus-value qu'elle n'a pas encaissée. Vous n'avez rien vendu, aucun euro n'est entré sur le compte, et il faut pourtant sortir du cash pour payer l'impôt. C'est précisément ce qui explique qu'un ETF World ou S&P 500 capitalisant, composé à plus de 90 % d'actions non européennes, entraîne une imposition à l'IS des plus-values latentes et ne soit pas un support que nous affectionnons pour une trésorerie de SELARL ou de SELAS.
À l'inverse, un produit structuré détenu en direct est un titre de créance, pas une part d'OPCVM. Il sort du champ de l'article 209-0 A : ce sont ses coupons, effectivement encaissés, qui viennent s'ajouter au résultat financier.
La conclusion est structurante : sur un compte-titres de SEL, le portefeuille doit être pensé pour produire des revenus lisibles, encaissés, comptabilisés en produits financiers, et non des plus-values latentes. C'est exactement ce qui a guidé l'allocation décrite ci-dessous.
L'allocation réelle du portefeuille : 66 % de structurés, 18 % de fonds, 16 % de liquidités
Trois poches, huit lignes en portefeuille. Les supports ne sont pas nommés et les montants ligne à ligne ne sont pas publiés : ce qui compte ici, c'est la logique de construction et l'équilibre entre les poches.
La répartition s'établit à 66 % de produits structurés, 18 % de fonds obligataires et 16 % de liquidités. Cette dernière poche n'est pas un oubli : elle est à la fois le produit direct d'un remboursement anticipé, ce qui est en soi la démonstration que le mécanisme fonctionne et également un espace permettant de saisir des opportunités.
- Poche 1 : produits structurés, 66 % du portefeuille, six lignes
- Poche 2 : fonds obligataires, 18 % du portefeuille, deux lignes
- Poche 3 : liquidités, 16 % du portefeuille, en attente de réinvestissement
Poche 1 : les produits structurés, moteur de rendement d'une trésorerie de société
Six lignes, cinq sous-jacents distincts, plusieurs émetteurs bancaires différents : une action assurance et réassurance européenne à décrément, une foncière cotée française à décrément, une valeur de la chimie européenne à décrément, un indice actions européen large, un second millésime sur l'assurance et la réassurance européenne, et enfin un sous-jacent jeux et loterie avec autocall trimestriel à décrément.
Pourquoi des structurés ? Parce qu'ils cochent, à peu près seuls, les trois cases qu'exige une trésorerie de société.
- Un rendement contractuel et connu à l'avance d'abord : le coupon n'est pas une espérance de performance, c'est une clause, qui tombe si la condition est remplie, quelle que soit l'humeur du marché ce jour-là.
- Une protection conditionnelle du capital ensuite : le sous-jacent peut baisser, souvent de 40 à 50 % selon les produits, sans que le capital soit entamé à l'échéance. On accepte de renoncer à une partie de la hausse en échange d'un matelas à la baisse : sur une trésorerie, c'est exactement le bon arbitrage.
- Des points de sortie programmés : le mécanisme de rappel automatique crée des rendez-vous de liquidité réguliers. Ce n'est pas un détail, car sur une trésorerie professionnelle, savoir quand on peut récupérer son argent vaut autant que le rendement.
Décrément et diversification, deux critères de sélection
Et le décrément ? Cinq lignes sur six portent sur un sous-jacent à décrément. Le principe : au lieu de subir l'incertitude du dividende, on retranche du sous-jacent un prélèvement forfaitaire connu d'avance. L'émetteur, ayant supprimé cette incertitude, peut offrir des coupons plus élevés et des barrières plus basses. La contrepartie est réelle et il faut la dire : ce décrément pèse mécaniquement sur le sous-jacent chaque année. C'est un vent de face assumé, échangé contre du rendement contractuel.
Et la diversification ? Cinq secteurs sans corrélation forte entre eux, assurance, immobilier coté, chimie, jeux, plus un indice large qui apporte de la profondeur. Et surtout plusieurs émetteurs, ce qui compte tout autant : un produit structuré est une créance sur une banque, pas sur le sous-jacent.
Poches 2 et 3 : fonds obligataires et liquidités
La poche de fonds obligataires représente 18 % du portefeuille et se compose de deux lignes, deux fonctions. Un fonds obligataire corporate émergent à duration courte, qui va chercher du rendement obligataire sur des maturités courtes, donc peu sensible aux mouvements de taux. Et un fonds actions long short à faible sensibilité au marché, moteur de performance décorrélé, dimensionné petit précisément parce qu'il n'a pas vocation à porter le portefeuille. Aucun ETF actions capitalisant, pour toutes les raisons exposées plus haut.
La poche de liquidités, 16 % du portefeuille, n'est pas de l'oubli. Elle constitue une poche de réserve permettant de saisir des opportunités et elle est le produit du remboursement anticipé d'un structuré rappelé début août 2026 : le sous-jacent était au-dessus de son niveau de constatation, le produit s'est éteint par anticipation, capital et coupon ont été versés sur le compte de la SELARL. Le mécanisme a fonctionné exactement comme prévu. Ces liquidités attendent aujourd'hui un point d'entrée pour être réinvesties.
Le résultat : 9 279 € encaissés
Coupons encaissés sur douze mois : 9 279 €, soit 9,28 % brut du capital placé. Il faut préciser ce que ce portefeuille n'est pas, car c'est ce qui distingue un conseil d'un argumentaire commercial.
Ce n'est pas un placement garanti. Un produit structuré expose à une perte en capital si le sous-jacent est, à l'échéance, sous sa barrière de protection. Il expose aussi au risque de défaut de la banque émettrice. C'est un risque réel, qui se pilote par la diversification des sous-jacents et des émetteurs, pas un risque qui s'annule.
9 279 € de coupons n'est pas la performance totale du portefeuille : c'est le flux encaissé sur douze mois. La valorisation de marché des lignes encore en vie évolue chaque jour et peut être temporairement inférieure au capital investi. Sur ce type de produits, ce qui compte est le niveau constaté aux dates de constatation, pas la valeur affichée entre deux.
9,28 % n'est pas non plus un rendement qui se reconduit automatiquement. C'est le résultat d'une allocation construite dans les conditions de marché de 2025 et 2026, avec des produits sélectionnés à un moment donné. Ce qui se reproduit, c'est la méthode du cabinet Wealthier Life Capital, pas le chiffre. Et ce n'est pas davantage un portefeuille que l'on met en place puis que l'on oublie : les rappels créent des liquidités à réinvestir, les barrières se surveillent, les émetteurs se suivent. C'est du travail, le nôtre, pas le vôtre.
Votre trésorerie dort-elle ? Ce que coûte réellement l'inaction
Si vous lisez ces lignes avec au moins 100 000 € qui stagnent sur le compte de votre SELARL, de votre SELAS, de votre holding ou de votre SPFPL, vous connaissez déjà la réponse. Vous ne perdez pas seulement du rendement. Vous perdez la seule chose qu'un médecin libéral ne peut pas racheter : du revenu qui ne dépend pas de votre temps de travail. Chaque année où cette trésorerie ne fait rien, vous consultez pour compenser un rendement que vous auriez pu percevoir en dormant.
La démarche que nous appliquons est toujours la même : analyser la situation de la société, sa structure, son horizon, son exercice fiscal et ses besoins de liquidité, puis construire une allocation sur mesure, pilotée, conçue pour produire des revenus réguliers et comptabilisés en produits financiers. Le cabinet Wealthier Life Capital accompagne les médecins libéraux sur cette gestion de trésorerie professionnelle, en lien avec l'expert-comptable de votre société.
- Vérifier le montant de trésorerie réellement excédentaire après besoins d'exploitation
- Fixer un horizon et une exigence de liquidité avant de choisir les supports
- Privilégier des revenus encaissés plutôt que des plus-values latentes taxables à l'IS
- Diversifier les sous-jacents et les émetteurs bancaires
Mentions
Portefeuille réel d'un client du cabinet de gestion de patrimoine Wealthier Life Capital, publié de manière anonymisée. Les supports ne sont pas nommés et cet article ne constitue ni une recommandation personnalisée, ni un conseil en investissement. Les performances passées ne préjugent pas des performances futures. Les produits structurés présentent un risque de perte partielle ou totale en capital en cours de vie et à l'échéance, un risque de crédit sur l'émetteur et un risque de liquidité. Toute recommandation suppose au préalable l'établissement d'un profil de risque et l'étude de la situation propre à votre société. Le traitement fiscal dépend de la situation de chaque société et est susceptible d'évoluer ; il doit être validé avec votre expert-comptable.
À retenir
- 100 000 € de trésorerie de SELARL placés sur un compte-titres de société ont généré 9 279 € de coupons en douze mois, soit 9,28 % brut.
- La trésorerie d'une SEL a un horizon incertain : elle ne se gère pas comme un compte-titres personnel.
- L'article 209-0 A du CGI peut rendre imposable une plus-value latente non encaissée : les ETF capitalisants sont à écarter.
- L'allocation privilégie des revenus contractuels et encaissés : produits structurés diversifiés, fonds à faible sensibilité, poche de liquidités.
- Le risque de perte en capital et le risque émetteur sont réels : ils se pilotent par la diversification, ils ne s'annulent pas.
Questions fréquentes
- Peut-on placer la trésorerie d'une SELARL ou d'une SELAS ?
- Oui. Une SEL peut ouvrir un compte-titres à son nom et y loger sa trésorerie excédentaire, sous réserve que l'objet social le permette et que le placement ne remette pas en cause les besoins d'exploitation. C'est une gestion de trésorerie professionnelle, pas une activité d'investissement à part entière.
- Pourquoi éviter un ETF capitalisant sur le compte-titres d'une société à l'IS ?
- Parce que l'article 209-0 A du CGI impose d'évaluer les parts d'OPCVM à leur valeur liquidative à chaque clôture : l'écart entre ouverture et clôture entre dans le résultat imposable. La société peut donc payer de l'impôt sur une plus-value qu'elle n'a jamais encaissée, sans avoir vendu la moindre ligne.
- Qu'est-ce qu'un produit structuré à décrément ?
- C'est un produit dont le sous-jacent supporte un prélèvement forfaitaire connu d'avance à la place du dividende incertain. L'émetteur, ayant supprimé cette incertitude, peut offrir des coupons plus élevés et des barrières de protection plus basses. La contrepartie est que le décrément pèse mécaniquement sur le sous-jacent chaque année.
- Quelle fiscalité s'applique aux coupons encaissés par la société ?
- Les coupons sont comptabilisés en produits financiers et entrent dans le résultat imposable à l'impôt sur les sociétés, à 15 % jusqu'à 42 500 € de bénéfice puis 25 %. Une seconde couche d'imposition intervient uniquement si les sommes sont ensuite distribuées en dividendes au praticien.
- Quel montant de trésorerie faut-il pour envisager ce type d'allocation ?
- En pratique à partir de 100 000 € de trésorerie réellement excédentaire, c'est-à-dire au-delà des besoins d'exploitation, des échéances sociales et fiscales et des projets d'investissement du cabinet à court terme. En dessous, la diversification des sous-jacents et des émetteurs devient difficile à construire correctement.
- Faut-il prévenir son expert-comptable avant de placer la trésorerie de sa SEL ?
- Oui, systématiquement. Le comptable valide la capacité de la société à immobiliser ces sommes, le traitement comptable des supports et leur impact sur la clôture. Une allocation construite sans lui expose la société à des surprises fiscales à la clôture de l'exercice.
Sur le même sujet
Acheter ou non une résidence secondaire quand on est médecin ?
Coût réel de détention, arbitrage entre plaisir et rendement, financement par les revenus d'un portefeuille financier, fiscalité de revente : la méthode pour décider sans se tromper.
InvestissementL'amortissement immobilier : le mécanisme d'enrichissement le plus mal compris des médecins
Charge comptable sans décaissement, l'amortissement neutralise l'impôt sur les loyers pendant une bonne dizaine d'années selon les projets. Mécanisme, montages (LMNP, SCI à l'IS), limites et mise en place concrète.
InvestissementInvestissement médecin libéral : construire une allocation patrimoniale solide
Immobilier, assurance-vie, PEA, PER, CTO, SCPI, private equity : méthode complète pour répartir l'épargne d'un médecin libéral aux revenus élevés et irréguliers.
Prendre rendez-vous
Un point sur votre dossier, avec le cabinet compétent.
Choisissez votre sujet : l'échange de 30 minutes se fait directement avec l'équipe concernée, sans engagement.
Wealthier Life Capital
Gestion de patrimoine et investissement
Allocation diversifiée, préparation retraite, investissement financier.
Docteur Compta
Comptabilité du cabinet et des investissements
Bilan, prévisionnel, rentabilité et obligations déclaratives.
Docteur Fiscal
Fiscalité & structuration libérale
SELARL, SELAS, holding, SCI et arbitrages fiscaux.