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Structuration

SELAS médecin : fonctionnement, gouvernance et arbitrages face à la SELARL

24 juillet 2026 · 12 min de lecture

Gouvernance souple, actions et pactes d'actionnaires, montages de groupe : pourquoi de plus en plus de praticiens choisissent la SELAS plutôt que la SELARL.

La SELAS — société d'exercice libéral par actions simplifiée — était encore marginale chez les médecins il y a dix ans. Elle est aujourd'hui la forme retenue dans une part croissante des créations et des transformations, en particulier en imagerie, en biologie, en ophtalmologie et dans les structures de groupe.

Cette montée en puissance ne tient pas à la mode. Elle s'explique par deux caractéristiques concrètes : la liberté statutaire, qui permet d'organiser le capital et la gouvernance sur mesure, et la souplesse d'entrée et de sortie des associés, qui facilite les montages de groupe et les transmissions.

Ce qu'est une SELAS et ce qui la distingue d'une SELARL

La SELAS est la déclinaison libérale de la SAS. Comme la SELARL, elle permet d'exercer la médecine en société soumise à l'impôt sur les sociétés, avec la même séparation entre le résultat de la société, la rémunération du praticien et les dividendes éventuels.

La différence n'est donc pas fiscale au niveau de la société : les deux relèvent de l'IS dans les mêmes conditions. Elle se situe principalement sur le plan statutaire : la SELAS offre une grande liberté d'organisation dans les statuts, alors que la SELARL fonctionne selon un cadre légal plus rigide (gérance, assemblées, majorités).

Cette liberté permet de prévoir une présidence, une direction générale, des comités, des droits de vote différenciés, des clauses d'agrément et des modalités de sortie. C'est un avantage décisif dès que plusieurs associés cohabitent ou que le capital est appelé à évoluer.

Souplesse statutaire et montages de groupe

La liberté statutaire de la SELAS permet d'accueillir des associés aux profils différents : praticiens fondateurs, jeunes installés, associés minoritaires, et — dans les limites posées par la réglementation des professions de santé — investisseurs extérieurs autorisés.

On peut y organiser des catégories d'actions, des droits de vote spécifiques, des clauses de sortie progressive et un calendrier d'entrée au capital échelonné. Ce dernier point est essentiel pour intégrer un confrère qui ne peut pas acquérir immédiatement une part significative.

Cette souplesse explique la prédominance de la SELAS dans les plateaux techniques regroupés, où la question de l'entrée et de la sortie des associés est permanente et où une gouvernance rigide bloque rapidement le développement.

Gouvernance et pactes d'actionnaires : le cœur de la décision

Le choix de la SELAS ne se justifie pas par un avantage social ou fiscal universel. Il se justifie par la capacité à structurer le capital et la gouvernance de manière fine, dans un pacte d'actionnaires qui anticipe les situations de désaccord, de départ, d'invalidité ou de décès.

Un bon pacte fixe les règles de sortie, les droits de préemption, les conditions d'entrée de nouveaux associés et les mécanismes de résolution des blocages. Sans cet outil, la liberté statutaire de la SAS devient un risque : des associés mal alignés peuvent bloquer ou déstabiliser la structure.

C'est précisément ce point qui explique l'essor de la SELAS dans les structures de groupe. Il ne doit cependant jamais être lu isolément : le coût de rédaction et de mise à jour des pactes, ainsi que le besoin d'alignement entre associés, doivent être intégrés à l'arbitrage.

SELAS ou SELARL : la grille de décision

La SELARL reste souvent préférable pour un praticien seul, qui se rémunère principalement en salaire, avec peu ou pas de distribution : le cadre simple et le coût de structure souvent plus faible l'emportent alors.

La SELAS devient pertinente lorsque plusieurs associés doivent cohabiter avec des droits différenciés, lorsqu'une opération capitalistique — entrée d'un confrère, adossement, cession partielle — est envisagée à moyen terme, ou lorsque la structure doit accueillir des profils d'actionnaires variés.

Le passage d'une forme à l'autre est possible par transformation, sans création d'une personne morale nouvelle dans la plupart des cas, mais il emporte des conséquences juridiques, sociales et fiscales immédiates pour le dirigeant et les associés. Il doit être préparé avec l'expert-comptable et le conseil juridique.

  • Praticien seul, revenu intégralement consommé : SELARL le plus souvent.
  • Plusieurs associés, droits différenciés : SELAS.
  • Entrées et sorties fréquentes au capital : SELAS.
  • Montage de groupe ou plateau technique : SELAS.
  • Priorité à la simplicité et au coût de structure : SELAS.

Holding, trésorerie et transmission en SELAS

Comme la SELARL, la SELAS peut être détenue par une holding — sous réserve du respect des règles de détention du capital propres aux professions de santé. Le régime mère-fille permet de faire remonter les dividendes en quasi-franchise d'impôt pour financer d'autres acquisitions.

La trésorerie excédentaire de la SELAS s'investit selon la même logique qu'en SELARL : affectation par horizon, contrats de capitalisation, comptes à terme, SCPI, immobilier détenu via une SCI. Le plan de sortie des liquidités doit être défini dès l'origine.

En matière de transmission, la structure par actions facilite les cessions partielles et les donations progressives de titres, ce qui constitue un argument supplémentaire lorsqu'une cession de patientèle ou une association familiale est envisagée.

À retenir

  • La SELAS et la SELARL sont fiscalement équivalentes au niveau de la société : la différence est statutaire et organisationnelle.
  • La SELAS offre une liberté de gouvernance et de capital nettement supérieure à la SELARL.
  • Le pacte d'actionnaires est l'outil central pour sécuriser les associés et les montages de groupe.
  • La souplesse statutaire fait de la SELAS la forme naturelle des structures de groupe et des plateaux techniques.
  • Le choix SELAS / SELARL dépend de la structure du capital, pas d'un avantage social général.

Questions fréquentes

Quelle différence entre SELAS et SELARL pour un médecin ?
Les deux permettent l'exercice en société soumise à l'IS. La SELAS offre une gouvernance libre définie par les statuts, des actions avec droits différenciés et une grande souplesse pour l'entrée et la sortie des associés ; la SELARL repose sur un cadre légal plus rigide et une gérance classique.
Pourquoi de plus en plus de médecins créent une SELAS ?
Principalement pour la souplesse d'organisation du capital et la facilité d'accueillir de nouveaux associés dans les structures de groupe, les plateaux techniques et les montages de transmission.
Le président d'une SELAS de médecin cotise-t-il à la CARMF ?
L'affiliation à la CARMF demeure au titre de l'activité libérale. Le régime social du dirigeant dépend de la convention et des statuts ; il doit être vérifié cas par cas avec l'expert-comptable pour évaluer le coût réel de la rémunération.
Peut-on transformer une SELARL en SELAS ?
Oui, par transformation, généralement sans création d'une personne morale nouvelle. L'opération change immédiatement le cadre juridique et social du dirigeant et doit être préparée avec l'expert-comptable et le conseil juridique.